Rencontre avec Julia Peguet

Rencontre avec Julia Peguet

L'auteure de Secrets d'animateur nous livre ses secrets de fabrication. Retour sur une rencontre inspirante...


Peux-tu nous présenter ton parcours, ce qui t’a menée à l’animation aujourd’hui ?

C’est le format court qui m’a amenée à l’animation. Quand j’étais adolescente, je ne lisais que des nouvelles et je collectionnais sur VHS tous les courts métrages qui passaient à la télévision. Ça demandait une organisation de fou, parce qu’ils étaient rarement notés dans les programmes : ils étaient là en remplissage, entre les émissions ou les films. Une grande partie de ces courts-métrages était de l’animation, et une partie de ces derniers était plus spécifiquement de l’animation en volume, ou stop-motion. Quand j’ai eu mon bac, j’ai fait des études d’animation en Écosse. J'ai décroché mon premier "vrai travail" avec le studio d'animation Folimage, pour lequel j'ai travaillé pendant 3 ans sur le long-métrage La Prophétie des Grenouilles. C’était du dessin traditionnel et ça m’a énormément appris . En parallèle, comme j’étais vraiment intéressée par le volume, j’ai fait des petits bouts d’essais chez moi avec une webcam, une lampe de bureau, une marionnette cassée que j’avais empruntée et aucun décor. À la fin de mon contrat à Folimage en 2003, j’ai envoyé cette petite bande-démo à Aardman Animations qui cherchaient une dizaine d’animateurs à ce moment-là. J'y suis restée de nombreuses années, et je travaille encore régulièrement avec eux, mais aussi beaucoup pour d’autres studios. Je partage également mon savoir dans des écoles. 


Peux-tu nous parler d’un projet d’animation qui t’a particulièrement motivée ou plu ?

Il y en a vraiment beaucoup ! Ma première production à Aardman était Creature Comforts, série 2 et c’est encore à ce jour une de mes productions préférées en raison du travail de jeu d’acteur vraiment fin. Purple & Brown (que je cite dans le livre) est une pure joie d’animateur de pâte à modeler. Rich Webber, le réalisateur, pousse vraiment cette matière à son maximum comique. Pirates, bon à rien, mauvais en tout reste vraiment spécial pour moi, parce que j’avais de très chouettes plans à animer et, surtout, car j’ai travaillé avec Jeff Newitt, le réalisateur d'un des courts-métrages qui m’avaient donné envie de faire de l’animation. D'ailleurs, je suis encore plus fan de ce réalisateur/animateur depuis que j’ai travaillé avec lui : il est vraiment exceptionnel. La dernière production importante que je citerais est la publicité Sony-Bravia Play-Doh, car j’ai fait partie de la petite équipe Recherche et Développement, ce qui reste une petite fierté de mon parcours. Le tournage était tout à fait épique !


Tu as écrit et publié avec nous cette année Secrets d’animateur, un ouvrage théorique et pratique rédigé à partir de tes carnets de travail. Comment as-tu procédé pour organiser et présenter des années de travail et d’expérience ?

La première étape était à la demande des éditrices Céline et Christelle, au moment où elles ont reçu ma proposition : il s’agissait de faire un découpage du livre par chapitres, tel que je l’imaginais. Dès qu’elles ont approuvé ce découpage, j’ai pris chaque petite note de mon carnet et je les ai rangées au bon endroit du livre, c’est-à-dire que je les ai recopiées sous le chapitre ou sous-chapitre que la note concernait. Une fois toutes les notes de ce carnet originel rangées par chapitre, j’ai tout repris et rédigé un texte cohérent et construit, sous-chapitre par sous-chapitre. Quand j’ai fini l’écriture, j’ai dessiné ou modelé les 300 illustrations du livre.


Ton livre est-il né du constat d’un manque de matériel théorique dans ce domaine ?

C’est une façon de le dire, oui, peut-être… En fait, mon livre est née d’une demande de mes collègues. Ils voyaient ce carnet de note qui me suivait partout, et souvent, on me demandait ce que j’allais en faire. Quand il est devenu de plus en plus volumineux, on m’a franchement dit qu’il fallait que je le partage sous forme de livre. Un jour, il m’est apparu comme une évidence que c’était effectivement dommage d’avoir glané tous ces petits morceaux d’expérience et de les garder pour moi. Je me suis dit que, peut-être, d’autres animateurs le trouveraient également utile.


Quels conseils majeurs pourrais-tu donner à quelqu’un qui souhaite se lancer dans l’animation ?

On entend beaucoup dire “faites des essais, des petites animations avec votre téléphone, n’importe où, n’importe quand”. C’est très vrai et c’est mon conseil aussi. Mais moi, je suis très cérébrale et j’observe beaucoup en silence avant de me lancer. Parfois, mettre les mains dans le cambouis est la bonne solution pour une personne, alors que pour une autre, c’est de regarder et d'analyser des centaines de films avant de se lancer, ou de lire et relire de la théorie afin de la faire sienne. Parfois aussi, c’est faire erreur sur erreur pour se rendre compte concrètement de ce qu’animer implique. Il y a vraiment beaucoup de façons d’apprendre et il faut simplement trouver la sienne.

Pour devenir animateur professionnel, il faut une bande-démo. Il faut donc produire des images animées pour pouvoir les montrer. Selon moi, il faut se focaliser sur les choses importantes du métier d’animateur. La lumière, les décors et le cadrage ont peu d’importance pour démontrer ses qualités. (Je répète : lorsque l'on veut devenir animateur, pas réalisateur !) Ce qui est important pour une bande-démo d’animateur, c’est le mouvement et l’émotion. Il faut que ce soit juste et propre.

Cela tombe bien, car aider les gens à faire une animation juste et propre est exactement le but de ce livre !

 

Retrouvez Julia Peguet sur les réseaux sociaux : @AnimatorJulia

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